Fespaco - Ciné Brousse à Nanoro Array Imprimer Array  Envoyer

 Un coup de manivelle, et la magie se met en route…

 Adieu le temps maussade, froid et humide des plaines de la Bresse.
En quelques heures, nous disons bonjour à la chaleur sèche, attendue et accueillante de ce cher Burkina.


Aucune mission officielle dans nos bagages, pourtant bien imposants, mais une mission tout officieuse à laquelle nous tenons beaucoup : proposer un ciné brousse à la population de Nanoro. En cette période de festivités quelque peu démesurées à la capitale autour de l’édition 2009 du FESPACO , festival international de cinéma panafricain, il nous semblait opportun d’imaginer une alternative en brousse.


Le projet est né entre Bourg et Thoissey, alors que Christiane, Anne-marie, Patrick et moi commencions de prévoir notre escapade burkinabé.
Forte de son expérience autour de Kirikou et la sorcière projeté avec les moyens du bord lors de son séjour précédent, Christiane nous propose de développer et d’améliorer le concept. Pour Patrick et moi, néophytes en matière de séjour africain, cela ressemblait fort à un challenge à relever et nous acceptons sans hésiter de nous lancer dans l’aventure.


Nous nous chargeons de la « programmation », et après l’avoir soumise à l’approbation de nos deux comparses, remplissons notre besace de quelques films en DVD. Le choix s’est fait tout simplement : films pour enfants et films pour adultes, privilégiant films de la région Rhône-Alpes et films africains.
Munis d’un drap blanc épais de 2m sur 3m, assurés de trouver sur place un vidéo projecteur, un lecteur DVD et une enceinte en état de marche, nous voilà partis pour notre mini-fespaco !

Mais pas une seconde, avant d’arriver sur place, nous avons imaginé à quel point notre prestation était attendue. Prévenus de nos intentions par Christiane, Hubert, Justin (…et consort) avaient fait circuler l’information à Nanoro, nous laissant à peine le temps de respirer à la descente de la voiture : il était autour de 18h lorsque nous découvrons les lieux et la séance prévue et annoncée - à notre insu -  à 19h !!!
Mise en condition immédiate : il n’y a pas de problème, dit-on facilement au Burkina.
Donc, pas de problème pour nous non plus…


L’équipe technique, dont l’ossature se compose essentiellement de Christiane et Patrick, se met immédiatement au travail, assistée d’Anne-Marie, de Dominique et d’Achille. Les autres regardent !
Heureusement, avant de quitter Ouaga quelques heures plus tôt, nous avions vérifié le matériel en dépôt chez Basile : le nettoyage du filtre, l’achat d’un cordon et d’un transformateur s’étaient révélés bien nécessaires…


Première opération : mise en place de l’écran dans la cour devant la maison de Françoise. Il ne fait pas encore nuit, mais excités par la nouveauté, les enfants arrivent et commencent à s’asseoir par terre. Il nous faut les « renvoyer » afin d’installer en toute sérénité.


Deuxième opération : brancher le lecteur, le projecteur et l’enceinte sur le « secteur ». Entendez par là, l’énergie accumulée par les panneaux solaires de la maison. Pour le premier soir, nous décidons de ne pas utiliser le générateur car il fait trop de bruit, et puis de toute façon, il n’y a pas d’essence…


La séance peut commencer, la porte de la cour s’ouvre et c’est le déferlement. Enfants assis à même le sol devant, adultes debout derrière. Bien après le début du film, les spectateurs continuent d’arriver, remplissant chaque espace vide, y compris derrière l’écran !

En première partie, Christiane lance le documentaire qu’elle a tourné sur la création de la bibliothèque de l’école de Nanoro.
Le ton est lancé : les éclats de rire retentissent, les commentaires fusent, les applaudissements se déchaînent car les enfants se reconnaissent dans les images projetées et ils le manifestent sans retenue.
Le rire étant très communicatif, et la cour faisant caisse de résonance, l’ambiance est vite à son comble…
Christiane me demande de présenter le film que nous avons sélectionné : Justin traduit les quelques phrases sur le Renard et l’enfant de Luc Jacquet que nous avons choisi pour leur faire découvrir nos paysages et nos saisons.
La cour continue de se remplir : il n’y a bientôt plus de place et les enfants se collent contre l’écran. Il est bien difficile de les empêcher…
L’histoire leur plait, ils rient beaucoup et le plus souvent à des moments « dramatiques », ce qui ne manque pas de nous surprendre.
Très beau succès pour un premier essai : l’amorce est faite. Il nous faut assurer la suite !!!


Première initiative à prendre : agrandir l’espace réservé au public.
Nous n’avons pas vraiment le choix et décidons de sortir de la cour et d’organiser les projections sur la grande place devant le baobab.

toile

 Le hasard nous prête la main puisque nous récupérons une énorme ossature en bois sur lequel Achille et Patrick fixent le drap. Il n’est pas complètement tendu, l’image bougera donc au gré du vent, mais personne ne nous en voudra…
Nous sommes donc prêts pour la deuxième séance le lendemain soir, à la tombée de la nuit.
Au programme, deux courts-métrages de Charlie Chaplin en première partie. On se doutait que le personnage de Charlot était universel, mais entendre et voir les enfants éclater de rire à ce point est une expérience inoubliable.
Nous projetons ensuite le second film choisi pour son contexte régional, Les enfants du marais de Jean Becker, tourné en Dombes. Même les enfants se prennent à l’histoire et semblent touchés par le personnage que joue Jacques Villeret. Deuxième soirée fort réussie.

Mais l’apothéose est à venir…

Au gré de notre présence à Nanoro, car nous quittons ce cher public quelques jours pour aller à Ouaga, Dori et Bobo Dioulasso, nos propositions évoluent.
Tout en continuant de montrer les Charlot en première partie, nous sortons de notre besace Azur et Azmar, film d’animation pour petits et grands qui séduit, mais sans plus.


Les trois plus belles soirées nous sont données grâce aux films africains :
Rêves de poussière de Laurent Salgues, Tilaï d’Idrissa Ouedraogo et Mooladé d’Abderrahmane Sissako.

naba_tigre

 

C’est Rêves de poussière que nous avons choisi pour faire la projection dans la cour du Naaba Tigré : il a tenu à avoir aussi son cinéma, nous précisant qu’il voulait voir un film « intéressant et instructif »…

C’est à l’occasion d’une visite matinale de courtoisie que nous lui avons faite, qu’il a manifesté son désir de participer à sa façon à notre mini festival.

 


Nous étions bien sûr contents de sa proposition et avons longuement discuté avec André et Justin du film que nous allions proposer.Jusqu’au dernier instant, Justin est resté inquiet quant à notre choix…
Pour assurer la séance, nous avons apporté avec nous le drap ainsi que le matériel, mais pas le générateur puisque le Naaba en possède un.

Certains « officiels » sont assis, mais l’essentiel du public se tient debout dans la cour du Chef, les enfants agglutinés bien sûr par terre, devant, le plus près possible de l’écran.


500 spectateurs, nous disent les habitués ! Incroyable !


Ayant reçu la consigne de « ménager » le Naaba, nous n’avions pas prévu de Charlot, et à la fin de la séance, stoïque, notre public attend la suite….
Il faut l’intervention de Justin pour expliquer à tous ces nouveaux cinéphiles que la soirée est terminée.
Et sans protester, mais bien frustrés, ils quittent la cour du Chef, enchantés d’avoir vu ces images tournées dans leur pays.
Rêves de poussière se passe effectivement dans une mine d’or à Issakane, près de Dori au nord est du pays.

repas

 

Précisons que le Naaba avait hâte de voir la cour se vider car il nous avait concocté un petit poulet et ne voulait pas veiller trop tard quand même !!

Entre deux projections, l’écran est rapatrié dans la cour de la maison de Françoise afin d’éviter tout risque de détérioration, si tant est qu’il y ait un véritable risque… Mais il nous faut rester prudents quand même.

 

Les deux autres films, véritablement africains ceux-là (Rêves de poussière a été réalisé par un français marié à une femme burkinabé) ont été un véritable choc pour les centaines de spectateurs qui les ont vus.
Tilaï, parce qu’il a été tourné en moré, la langue maternelle de tous les habitants de Nanoro, et parce qu’il raconte une histoire de polygamie dramatique qui les touche beaucoup.
Les commentaires que nous avons entendus à la fin du générique, fort nombreux et animés, nous ont presque fait regretter de ne l’avoir pas choisi pour la séance chez le Naaba : la plupart des adultes voulaient le revoir !!!


Avec Mooladé, film difficile, mais haut en couleurs, sur l’excision, nous avons eu la même adhésion de la part de l’ensemble du public.Les hommes comme les femmes donnent leurs impressions et ne sont pas tendres dans leurs critiques à l’égard de ceux qui continuent de défendre cette pratique.
Marie, burkinabé qui anime le groupe « agricole » des femmes de Pella a d’ailleurs tout de suite demandé à Anne-Marie si elle pouvait récupérer le film, sous une forme ou une autre, pour le faire circuler et le montrer à un maximum de personnes, y compris dans les écoles. Vœu aussitôt exaucé, bien sûr !
Nous lui avons immédiatement donné le DVD.
Longue vie à Mooladé dans la brousse, autour de Nanoro et d’ailleurs…


Moins de succès par contre pour Momo le doyen, documentaire de Laurent Chevallier sur cet étonnant saxophoniste que fût Momo Wandel, guinéen amoureux du jazz.
André nous explique que la forme du documentaire est plus difficile pour un public qui n’a absolument pas l’habitude du cinéma et qui aime avant tout qu’on lui raconte une histoire. Effectivement, nous sentons un peu d’ennui, malgré la musique envoûtante qui incite les spectateurs à rester.
Nous essayons tout de même de leur proposer un autre documentaire, le lendemain, en première partie après un Charlot : il s’agit d’un film soutenu par Res Publica, tourné à Ouagadougou par une équipe franco-burkinabé sur le handicap physique et le regard que pose la population sur ces jeunes handicapés.
Le film était d’ailleurs sélectionné au Fespaco à Ouagadougou. Françoise est contente de montrer le film qu’elle soutient.
Le public est très attentif et apprécie la démarche.

En conclusion, nous dirons que notre expérience a été plus que concluante.
N’hésitons pas à nous complimenter, dans la mesure où  nous l’avons été, et plus que chaleureusement, par les habitants de Nanoro.


Techniquement, notre performance est très honorable : l’équipe de base Christiane-Patrick-Achille a parfaitement fonctionné. Le matériel, régulièrement entretenu sur place, ne nous a pas déçus.
Quant au choix « artistique », à part le petit bémol sur Momo le doyen, je pense que nous avons contribué à enrichir la curiosité de tous ceux qui sont venus tous les soirs assister à notre programmation.
J’ai même la « prétention » de croire que la plupart de ceux avec qui nous avons partagé ces moments de rire et d’émotion, les garderont en mémoire à tout jamais.


En se prenant un peu au jeu, nous pourrions même imaginer de donner une dimension autre à notre expérience, en mettant sur pied un véritable cinéma itinérant.
Les villages où nous sommes attendus ne manquent pas…


Amor_Hakkar

 

Discutant amicalement et à bâtons rompus avec nous, le jour de son arrivée au Fespaco,  le réalisateur algérien Amor Hakkar, que nous connaissons bien pour l’avoir reçu à l’ABC à Bourg, nous a confié que c’était le sujet de son prochain film. Coïncidence ?

 

 

 

L’avenir est donc au cinéma ambulant et itinérant.
N’ayons pas peur d’essayer…

Projet réalisé du 25 février au 16 mars 2009.

 
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