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Un retour aux sources semé d'embuches...

Dans le difficile contexte politique qui a entouré la Côte d'Ivoire en 2003, certains fermiers se sont vus expulsés de leur seul moyen de vivre, leur terre. C'est le cas d'Albert Keita (nom fictif pour raison de confidentialité), agriculteur-éleveur.

Albert a donc dû quitter précipitamment son exploitation située en zone rebelle et est venu en France en septembre 2003 par l’intermédiaire d’un ancien coopérant et de son réseau d’amis agriculteurs des Monts du Lyonnais.


Monsieur Keita a monté un dossier pour effectuer une formation sur mesure en agriculture intégrée et diversifiée, directement dispensée sur des exploitations des Monts du Lyonnais lui permettant de retourner au pays avec de nouvelles compétences et avec un projet pour remonter une exploitation viable. Res Publica l’a soutenu pour le montage de son dossier auprès de la Préfecture du Rhône et a pris en charge ses frais de logement ainsi que son billet de retour.


De retour en avril 2006 en Côte d'Ivoire avec un projet d'installation de ferme en zone libre, il nous donne régulièrement de ses nouvelles. Même si son arrivée a été beaucoup plus difficile que prévu, Albert est aujourd'hui installé et tire les enseignements de sa première saison agricole.


Le récit de ce retour au pays nous a touchés. Nous avons souhaité le partager avec vous sur notre site pour donner en exemple ce cas concret de retour au pays qui avait pourtant été très bien préparé. Nous vous laissons seul juge de ce récit et des conclusions à en tirer.


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« Depuis mai 2008, je suis à Béoumi (ville située à 60 Km de Bouaké) dans le centre de la

Côte d’Ivoire où je travaille dans une association agricole en qualité de Coordonnateur Bénévole. Je perçois une indemnité de 70 000 F CFA comme salaire mensuel.

Mes activités consistent à assurer le fonctionnement quotidien de l'association, à élaborer des plans de développement, à rechercher des partenaires locaux et internationaux dans la mise en place de projet de développement communautaire.


Au niveau de mes activités génératrices de revenus, j’ai préféré tout arrêter pour mieux m’organiser eut égard à cet environnement de crise en cours de résolution.


Pour ce qui est des erreurs de mon projet de retour, il faut noter :


- un mauvais choix de faire venir du matériel et outils ... de la France (tracasseries administratives et saignées financières liées au dédouanement),

- une mauvaise appréciation des effets de la crise militaro-politique et de leurs impacts réels sur la vie socioéconomique en Côte d’Ivoire,

- un mauvais choix de produit et autres projets par rapport à cette réalité socioéconomique,

- une mauvaise appréciation de l’impact de l’ingérence familiale et mauvaise gestion du climat conflictuel né de la non acceptation de ce projet de retour par ma famille.


Ces quatre points referment tous les éléments qui ont concouru à toutes les difficultés que j’ai rencontrées dans la mise en œuvre mon retour en Côte d’Ivoire.


Après trois ans d’absence, il m’était difficile d’apprécier à juste titre l’impact réel de la crise militaro-politique sur l’environnement socio-économique de mon pays.

Au marasme économique issu de cette situation, il fallait ajouter les entraves à la libre circulation sur l’ensemble du territoire avec en prime, les tracasseries routières liées au nombre pléthorique de barrages des forces de l’ordre. Conséquence directe, le coût très élevé du transport des personnes et des biens (transport des produits agricoles vers les marchés d’Abidjan ...).


Quant au choix de la production agricole (culture maraîchère), notamment le chou et autres, subissent la concurrence des produits provenant du Burkina Faso par voie ferroviaire et viennent inonder le marché principal d’Abidjan et ainsi porter les prix au plus bas.

J’aurais dû avoir le courage d’opérer le choix d’une autre production agricole mais le besoin de mener une activité capable de générer des ressources rapidement et faire face à mes besoins et ceux de ma famille, ne m’a pas permis de le faire.

Les autres activités d’appoint entrevues telles que la confection de planches et le charbon de bois sont restées au stade d’un premier essai tout simplement à cause des tracasseries routières des forces de l’ordre, et notamment des agents des eaux et forêts dont les prélèvements rendaient l’activité quasi nulle au plan économique.

Quant à l’environnement culturel (le poids de l’ingérence familial ...) il faut dire que c’est dans un véritable environnement conflictuel lié à mon choix de retour que j’ai atterri.

Jusqu’à ce jour aucun membre de ma famille, en dehors de mes deux neveux qui m’ont accompagné dans cette entreprise, n’a véritablement accepté mon retour qui s’apparente à une quasi trahison …


Il est difficile à l’esprit européen, de par votre culture, de saisir les implications d’une telle situation en terme d’éléments " irrationnels " pouvant occasionner des désastres dans la vie de " l’insoumis " …

On revient de l’Europe après des études pour occuper un poste de cadre fonctionnaire ou de cadre dans le privé mais pas pour cultiver des choux et des tomates, et surtout dans mon cas lorsqu’il s’agit d’une aventure ! Mieux vaux rester dans la clandestinité et crever d’une manière ou d’une autre ; ils pourront au moins dire : « mon fils, mon frère, mon oncle ... est mort en France, chez les blancs ! ».


Qu’à cela ne tienne, j’assume mon choix avec tout ce que cela implique et je suis encore en vie alors tout reste possible !!!


En ce qui concerne mes projets d’avenir, certainement qu’il y en a, mais tous liés à l’évolution de la situation de crise en Côte d’Ivoire car les élections sont prévues le 29 Novembre 2009 et toutes les passions liées à cet événement majeur conditionnent toute entreprise privée jusqu’à un certain point.

Je compte reprendre mes activités personnelles à plein temps en 2010. Mais j’ai actuellement un projet d’association qui aura pour mission de faire la promotion de l’agroforesterie et de la sylviculture. La création de cette dernière se justifie par le fait que dans cette région de savane, l’agriculture pratiquée par les populations est une agriculture de subsistance (production vivrière). Or, cette production ne permet pas aux paysans d’avoir des ressources suffisantes pour assurer leurs besoins de tout ordre, et pour faire des économies pour leurs vieux jours. Ainsi, n’étant pas assurés par un système de couverture sociale, ils doivent généralement compter sur la solidarité familiale.

De ce fait, l’agroforesterie peut constituer une alternative et à ce titre d’exemple : 1 hectare de bois de teck planté peut rapporter entre 20 000 et 30 000 € au bout de 25 années. Ceci dans une démarche raisonnée en rapport avec la sécurité et l’autonomie alimentaire (à ne jamais occulter). Je pourrai d’ailleurs vous faire parvenir des documents à ce sujet lors de mon voyage au mois d’Août si ce voyage peut se faire.


Malgré certaines difficultés réelles inhérentes à toute entreprise humaine que j’ai connue et que j'essaie encore de juguler, pour ma part, le bilan n’est pas totalement négatif.

J’ai avant tout retrouvé ma petite famille et toute cette situation me permet d’avoir un nouveau regard sur notre environnement socioculturel et économique, et ce, sans passion.


Tout est encore possible quant à une bonne reprise de mes activités après les échéances électorales à venir.


Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. »



« QUELQUES PENSEES QUE M’INSPIRE CETTE SITUATION ... »

« Les africains sont semblables aux enfants qui n’ont d’yeux que pour les friandises mais ne se posent jamais la question de savoir comment elles sont fabriquées et de quoi elles sont faites car chaque question appelle une réponse et chaque réponse impose une contrainte… »


« La force d’un peuple ne réside pas dans sa capacité d’assimilation de la culture universelle de chaque époque mais dans celle d’en faire le levain de sa propre force culturelle latente… »



 
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