Dépistage de cataracte dans le district de Nanoro
Mercredi, 03 Décembre 2008 01:00

Docteur Paté sankara - Spécialiste en Ophtalmologie

 

Opération de dépistage de cataracte dans le district de Nanoro

En Afrique de l’Ouest comme dans la majorité des pays en voie de développement, la cataracte est la première cause de cécité visuelle alors que cette pathologie est aujourd’hui tout à fait  maîtrisable lorsque les moyens humains et techniques sont disponibles.

Les conséquences socio-économiques de ce problème de santé publique sont importantes (cécités évolutives allant de la baisse à la perte totale de la vue pouvant donner lieu à des infections importantes).
 
 
 
 
 Dépistage des symptômes de cataracte - Prof Meda & Docteur SankaraAu Burkina Faso, seuls 17 ophtalmologistes officient en secteur public pour une population de près de 14 millions d’habitants.
 
Le nombre de spécialiste en ophtalmologie pour ce pays est donc plus de trois fois inférieur à la norme préconisée par l’OMS (1 spécialiste pour 250 000 habitants).
 
C’est pour cette raison que Res Publica a choisi en 2005 d’appuyer le Docteur Paté Sankara afin qu’il valide sa dernière année de spécialisation par une année de stage à Lyon (France). Aujourd’hui opérationnel au Burkina Faso, nous continuons à suivre et à soutenir ce médecin dans sa lutte contre la cécité au sein de l’Hôpital de Koudougou.
 
 
 
 
En septembre 2008, une mission de dépistage épidémiologique a été réalisée dans le district sanitaire de Nanoro (134 000 habitants), zone d’intervention de Res Publica, suivie  de plusieurs vagues d’opérations à l’Hôpital de l’Amitié de Koudougou.
 
 Consultation lors du dépistage - Prof Meda & Docteur Sankara
 
Au total, ce sont près de 935 consultations qui ont eu lieu dans 13 lieux décentralisés du district de Nanoro pour aboutir à une sélection de 297 cas opérables.
 
Au final, ce sont 121 patients qui ont pu être opérés (avec 90% de cataractes). Un mois après,  les visites de contrôle postopératoires indiquaient que 88 % des patients avaient retrouvé une vision utile.
 
 
 
 
 
L’efficacité de missions de terrain telles que celle-ci est donc largement validée. Reste que pour être efficace à une large échelle, des
moyens accrus seraient nécessaires pour faciliter l’accès aux soins des populations rurales démunies et faire face à une accumulation du nombre de cas.
  Operation de cataracte - Hôpital de l'Amitié - Koudougou
Un vaste combat reste à mener puisque les constations* faites sur cette zone sont alarmantes.

La prévalence du trachome est évaluée à 6,6%, taux inférieur aux 10% exigés pour déclencher un traitement de masse chez les enfants, mais tout de même élevé.  Une action de santé publique oculaire adéquate doit être menée.

Pour la cataracte, la prévalence supposée est énorme avec un taux de 14,6 % de la population locale. Si on rapporte ce chiffre à la  population du district (134 000 habitants), on peut évaluer à 19 500 le nombre de cas de cataracte évolutive. Ainsi, si rien n’est fait d’ici 10 ans (temps moyen d’évolution de la cataracte pour atteindre le stade final = acuité visuelle réduite à la perception lumineuse), il y aura environ 20 000 aveugles de cataracte dans le district de Nanoro.
   
* Constat tiré d’une enquête sanitaire chez la population adulte (+ de 15 ans) en septembre  2007. Echantillon utilisé : 780 personnes tirées au hasard dans 30 localités du district de Nanoro (soit 26 personnes par village).
 
 
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  • Exemple du cas de la jeune Wagoda Kaboré :

Cas de staphylome agravé de Wagoda Kabore
Wagoda vit dans le village de Pella. Elle a 9 ans et vit pratiquement cachée depuis que son œil s’est infecté il y a près de 3 ans.
Wagoda ne quitte la case familiale que pour effectuer ses corvées quotidiennes. La cécité s’est installée et a marqué une différence visible et discriminante avec les autres enfants. Elle a donc quitté l’école.
Très pauvres, ses parents n’ont pas été en mesure de suivre les conseils de l’infirmier du centre de santé local. Ils savent qu’ils auraient dû l’emmener en ville, à Ouagadougou ou à Koudougou, pour faire des examens qui se seraient avérés coûteux. Aujourd’hui, c’est trop tard. Wagoda n’a plus mal mais son œil ne voit plus.

Ce cas a été repéré en septembre 2008 par la mission de dépistage dirigée par le Docteur Paté Sankara dans le district de Nanoro.
Un examen clinique et une échographie oculaire ont permis de confirmer le diagnostic de staphylome*. Une prise en charge à temps de l’inflammation aurait certainement permis de soigner l’infection et d’éviter de telles lésions oculaires.
Prise en charge par Res Publica, Wagoda a été opérée. Elle a subi une éviscération du globe oculaire gauche.
Wagoda est aujourd'hui borgne d'un oeil mais elle a reçu une prothèse qui, même si elle ne comble pas le handicap visuel, améliore sa vie quotidienne et surtout lui permet de retrouver une vie sociale.

Un mois après son opération, Wagoda est retournée sur les bancs de l’école. Elle a retrouvé ses camarades et reprend une vie presque normale.


* Staphylome : Lésion du globe oculaire se caractérisant par une déformation de la coque de l'œil
 
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