Sécuriser et maîtriser la sécurité alimentaire : un retour aux fondamentaux inéluctable

 Epis de mil_symbole fort au Burkina

Sécuriser et maîtriser la sécurité alimentaire  : un retour aux fondamentaux inéluctable

Avec une population totale de 13,4 millions d’habitants et 85% de la population exerçant une activité agricole*, le Burkina Faso est potentiellement en mesure de nourrir sa population et d’assurer sa souveraineté alimentaire.

Cette saison 2008 sera à coup sûr un très bon cru car la pluie a été au rendez-vous. Du coup les greniers sont remplis et les statistiques annoncent un excédent de plus de 10% des besoins nationaux**. Toutefois, ces chiffres rassurants ne sauraient cacher les problèmes que connaissent de façon récurrente le marché des matières premières alimentaires africain.


Récolte des arachidesD’une part, au niveau international, l’offre en denrées alimentaires se resserre au vu de la croissance démographique mondiale et en particulier des grands pays (Chine et Inde) qui affichent un fort appétit. Ainsi, le moindre aléas climatique engendre montée des prix et spéculations qui sont devenues incontrôlables.

D’autre part, les politiques agricoles nationales des deux dernières décennies ont largement misé sur ces importations à bas coûts venant des grands producteurs asiatiques (notamment pour le riz), d’Europe et des Etats-Unis (vendus à grands coups de subventions favorisant le dumping et le délitement des productions locales).
Sur ce point, les crises alimentaires, énergétiques et financières dont nous découvrons peu à peu les effets leur aura donné tort, donnant une pertinence tragique à la maxime «  Celui qui compte sur autrui pour manger risque de dormir le ventre vide ».
Ainsi, ce que l’on a appelé « les émeutes de la faim » du début de l’année 2008, aura été le point d’exergue de ces politiques.

A l’heure actuelle, le revirement est très net. Les nouveaux plans d’actions nationaux relancent les expressions de « retour à la souveraineté alimentaire, de renforcement des productions locales et de préférence nationale… », et c’est tant mieux !

Stock de denrées alimentairesToutefois, les productions locales disponibles ne correspondent plus vraiment aux habitudes de consommation des populations locales qui se sont habituées aux produits importés (forte préférence pour le riz blanc importé plutôt que pour le tô local). Mais, en cette période de « vie chère », le prix sera certainement le critère déterminant de ce qu’auront dans leur assiette des consommateurs burkinabè.

Mais l’incertitude entre produit locaux et produits importés est d’autant plus persistante que la répartition géographique des productions nationales devra palier les inégalités régionales de façon équitable et éviter les spéculations entre les zones excédentaires et déficitaires…

L’arbitrage entre produits nationaux et produits importés se fera donc entre les politiques, ayant pour but d'appuyer les productions nationales, les producteurs, qui doivent être remobilisés pour reprendre une production massive et les commerçants, qui n’ont pas toujours tout à gagner dans cette histoire. Le travail de relances tout au long des filières ne fait donc que commencer...
Jardin de maraîchage
Ainsi, alors que les hommes n’ont toujours pas réussi à apprivoiser la pluie, le marché, lui aussi, apparaît bien capricieux et difficile à faire bouger à l’échelle d’un petit pays comme le Burkina.


Reste alors à « cultiver son jardin », en premier lieu pour être sûr d’avoir le ventre plein puis, pour ne pas rester à la traîne lorsque les produits nationaux redécolleront dans une logique de développement du pays.

 

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Pour RES PUBLICA, c’est cette logique de développement intégré qui prévaut au niveau local car à Nanoro, zone rurale, tout le monde est un agriculteur, parfois aussi éleveur, le plus souvent à des dimensions familiales.
La souveraineté alimentaire, c'est-à-dire la garantie du lendemain passe donc prioritairement par les récoltes céréalières (mil, sorgho, arachides), mais aussi par les cultures de contresaison (maraîchage : tomates, oignons, choux, aubergines…) et par le petit élevage (volailles, ovins et caprins).
La polyvalence et l’interconnexion entre ces activités est un moyen efficace de limiter les risques climatiques et économiques pour garantir à la grande famille une autoproduction durable.

Récolte de tomate 2006 Poessi


Nos priorités d’action sont clairement afficher :

  • Appuyer les organisations de producteurs en termes d’accès aux financements : accès aux intrants et aux semences, accompagnement progressif vers des techniques plus économes et  plus respectueuses de l’environnement,
  • Inciter à la récupération des terres dégradées par différentes techniques : zaï manuel et mécanisé, demi-lunes, plantations de haies vives, cordons pierreux, fosses fumières, etc... pour des aménagements de périmètres intégrés,
  • Promouvoir les cultures de contre saison (maraîchage),
  • Promouvoir la cohabitation entre les activités agricoles et les activités d’élevage,
  • Utiliser des semences améliorées,
  • Valoriser et commercialiser les productions : initier des micros activités de  transformations locales à chaque fois que c’est possible (ex : purée de tomates).



* Source : Ministère de l’Economie et des Finances burkinabè – 84,9% en 2003 et 84,7% en 2005
** Source : Article paru dans SIDWAYA le 08/12/2008 – A delà de l’excédent céréalier … par Ibrahim SAKANDE
 
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