MeQ, un site où citoyens et experts dialoguent

MeQ, un site où citoyens et experts dialoguent

Yves Pascouau, docteur en droit public a imaginé une plate-forme Internet sur laquelle les experts répondent aux questions concernant les questions d’immigration et d’intégration.

Le projet a commencé par une prise de conscience : plus de sept Français sur dix s’estiment mal informés sur les questions d’immigration et d’intégration. Ce constat, issu d’un sondage de la Commission européenne, fait aussitôt apparaître un paradoxe : l’omniprésence du sujet dans le débat politique contraste avec la méconnaissance dont il pâtit. « Que faire alors que les élections européennes approchent et que les formations d’extrême droite risquent d’avoir un poids important ? », se demande alors Yves Pascouau, docteur en droit public et spécialiste du sujet. C’était il y a moins d’un an.

«  Apporter de la raison et de l’objectivité dans un domaine totalement traversé par les passions », résume Yves Pascouau

 

Il imagine d’abord faire un tour de France avec trois spécialistes dans sa voiture – aller dans les collèges, les lycées et les campagnes et diffuser des informations. Le projet, quoique sympathique, s’avère chimérique. Yves Pascouau se tourne donc vers le numérique et invente Migrations en questions, une plate-forme Internet sur laquelle des experts répondent aux questions des citoyens sous la forme d’une vidéo d’environ trois minutes. Il s’agit, en somme, « d’apporter de la raison et de l’objectivité dans un domaine totalement traversé par les passions », résume Yves Pascouau. « Nous ne sommes pas prescripteurs d’opinions mais d’informations, souligne-t-il. L’idée, c’est d’avoir les bases pour discuter, dans un contexte où le débat est polarisé de façon caricaturale entre les horribles fachos et les affreux anarchistes et où les politiques classiques évitent le sujet. »

Une trentaine de vidéos

Lancé en mai 2018, le site Migrations en questions agrège aujourd’hui une trentaine de vidéos, à raison d’un nouveau contenu mis en ligne toutes les semaines : « L’Italie a-t-elle le droit de fermer ses ports aux personnes sauvées en mer ? », « Qu’est-ce que le règlement de Dublin ? », « Que risquent les Français qui accueillent chez eux des migrants en situation irrégulière ? », « Pourquoi n’enferme-t-on pas tous les sans-papiers pour les expulser en une fois ? ». Les questions sont traitées par des universitaires, des hauts fonctionnaires ou des responsables d’organisations internationales. Le comité d’accompagnement de Migrations en questions comprend Enrico Letta, ancien chef du gouvernement italien et doyen de l’Ecole des affaires internationales de Sciences Po, l’ancien footballeur professionnel Lilian Thuram ou encore la directrice de recherche au CNRS Catherine Wihtol de Wenden.

Financée principalement par l’association lyonnaise Res Publica, qui travaille sur des projets de développement en Afrique, la plate-forme espère monter en puissance pendant la campagne des élections européennes, une période propice aux déclarations à l’emporte-pièce, aux fantasmes et aux « fake news ». « La perception du phénomène migratoire est plus importante que sa réalité », affirme Yves Pascouau, qui rappelle que, dans les sondages, les Européens surestiment la proportion d’immigrés au sein de la population. « L’histoire du pacte de l’ONU sur les migrations, dit “pacte de Marrakech”, est significative. Tout à coup, on a entendu que la France allait être vendue aux étrangers alors que tout indique que ce n’est pas le cas. » Cette part d’irrationalité tient, selon lui, au fait que très peu de gens sont confrontés à la question migratoire dans leur vie quotidienne. « Les trois quarts des Français n’expérimentent pas cette question, rappelle Yves Pascouau. Le sujet ne concerne que 5 % de la population mondiale. Cela explique pourquoi il est si compliqué d’en parler. »

Julia Pascual | Le Monde

Crédit photos : Migrations en Questions
Rédacteur : Julia Pascual | Le Monde