« Reporters solidaires » : des journalistes pour la démocratie

« Reporters solidaires » : des journalistes pour la démocratie

Les journalistes africains sont des cibles aisées pour la manipulation et la corruption, d’autant plus qu’ils vivent pour la plupart dans une grande précarité. L’association Reporters Solidaires, appuyée par Res Publica, tente de briser ce cercle en Guinée.


Répondre à la demande des journalistes africains

Fondée en avril 2008 à Lyon, l'association Reporters solidaires réunit des journalistes français et africains engagés bénévolement dans l’aide à la formation de leurs confrères en Afrique francophone. L’équipe compte 50 membres actifs (Français et Africains), et environ 150 sympathisants et stagiaires.

Reporters Solidaires propose d’une part des formations spécifiques (séminaires, ateliers de pratiques professionnelles et de déontologie, formations en immersion…), et d’autre part une aide aux associations de journalistes. L'association est intervenue en Guinée, au Burkina Faso, au Mali et au Maroc.

Formation à Conakry, Guinée, en 2013

Pour être efficaces, les projets doivent s’inscrire dans la durée : deux à quatre ans à raison de deux sessions par an en petits groupes d’une vingtaine à une trentaine de journalistes. Les participants et les animateurs y échangent sur tous les sujets, en toute confraternité, et rédigent un journal écrit ou radio ensemble. Entre ces sessions, les membres de l’association s’engagent à suivre l’évolution des journalistes africains et à leur prodiguer des conseils.



Un programme complet au service d’objectifs ambitieux

Le projet en Guinée a débuté en juin 2013 à la demande de Sékou Koureissy Condé, ancien ministre de la Sécurité. Il est conçu comme un programme de quatre ans, entièrement financé par Res Publica. A titre d’exemple, la première session de formation des journalistes guinéens s’est déroulée à Conakry du 10 au 15 juin 2013 avec la participation de 26 journalistes de la presse écrite, audiovisuelle et en ligne. Les lois, la déontologie et l’éthique d’une part ou la couverture du processus électoral et les pratiques journalistiques en période électorale d’autre part ont été quelques-uns des différents thèmes abordés.

Ouverture de la session avec Jean-Claude Perrin (fondateur de Res Publica), 
Dr. Koureissy, Yacine Diallo et Saran Touré



A l’issue du premier cycle de formation, deux ou trois journalistes sont désignés pour devenir à leur tour formateurs en Guinée, en intégrant le Master 2 « Nouvelles Pratiques journalistiques » à l’Institut de la Communication (ICOM) de l’Université Lumière-Lyon 2. Le but est de démultiplier l’impact de la formation comme Reporters solidaires l'a déjà fait avec des journalistes-formateurs de la Région des Hauts-Bassins au Burkina Faso. Pour l'année 2014-2015, Aïcha, Ibrahima et Makoya sont les premiers à bénéficier de cet enseignement universitaire en formation continue, tous trois ayant déjà une certaine expérience dans leur domaine à Conakry :

● Aïcha a ainsi travaillé en tant que reporter et secrétaire de rédaction dans deux radios de Conakry, où elle a co-animé pendant deux ans une émission de débat politique. Elle est également présidente de l’association des femmes journaliste de Guinée (AFJ-Guinée).

● Après des études de lettres modernes puis de journalisme, Ibrahima a travaillé dans de nombreux journaux et radios du pays, en tant que rédacteur en chef, présentateur, animateur d'émission ou encore directeur de l’information.

● Makoya aussi a travaillé en tant que reporter et présentatrice, après une faculté de lettres et sciences humaines. Elle explique qu'alors qu'elle était en stage à Liberté FM à Conakry, « [sa] rédaction a reçu un courrier concernant la formation de jeunes journalistes par Reporters Solidaires. ». Elle complète la formation et intègre le Master 2 Journalisme à Lyon 2, après trois stages dans des médias français. « Je ne saurai remercier Res Publica pour ses efforts », écrit-elle, reconnaissante envers une association « qui prône l'épanouissement de l'élite africaine ».



L'enjeu incarné par les journalistes africains

« Le but maintenant, c’est d’aller à Bobo-Dioulasso », indique Christine Cognat, co-fondatrice de l’association. En effet, Reporters solidaires a pour projet d'ouvrir dès la rentrée universitaire 2015-2016 un Master de journalisme à l'Université polytechnique de Bobo-Dioulasso qui se doterait ainsi d'un Institut des médias. L’idée est de proposer un master réellement adapté au contexte burkinabé et africain en général, et de rendre possible un double-diplôme en partenariat avec la France.

L’objectif de ce projet est ambitieux. Au-delà de la professionnalisation des journalistes, il s’agit d’appuyer et de donner la parole à la société civile appelée à jouer un rôle primordial dans la consolidation de la démocratie.



Stéfany Cambe
Res Publica
03-03-2015

Plus d'informations :

- Le site internet de l'association
Vidéo de Christine Cognat, cofondatrice de Reporters solidaires
- Deux livres publiés par l'association: Le journalisme en pratique et Les rubriques du journalisme, sous la direction de Christine Cognat et Francis Viailly, aux éditions PUG (Presses Universitaires de Grenoble) - Collection : Les Outils du journaliste - octobre 2012.
- L'émission de radio hebdomadaire des étudiants de l'ICOM !