Recyclage des déchets plastiques au Burkina Faso

Recyclage des déchets plastiques au Burkina Faso

Une solution innovante de traitement des déchets plastiques est actuellement expérimentée au Burkina-Faso où la coopérative YAMBA-D fabrique notamment du mobilier scolaire et appuie son développement sur la production en série de tables-bancs destinées à l’enseignement primaire.

Transformer des sachets plastiques en tables bancs scolaire, telle est la mission que s’est assignée la coopérative Yamba-D. L’objectif cette coopérative vise à lutter efficacement contre la prolifération galopante des déchets plastiques dans la nature.

L’association Res Publica soutient la coopérative depuis 2018, en procédant à des commandes importantes de tables bancs, afin d'équiper les écoles Res Publica dans la zone de Nanoro dans la province du Boulkiemdé. Grâce à ce partenariat, la coopérative a ainsi pu améliorer sa productivité ainsi que sa vision à moyen et long terme.

Zoom sur notre partenaire Yamba-D:

 

 

La victoire sur les sachets

Dans de nombreux endroits, et particulièrement en Afrique, les plastiques, notamment les sacs et sachets, sont jetés dans la nature et laissés à l’abandon. Les sachets plastiques, dispersés en tous lieux, sont révélateurs de l’absence de solutions adaptées pour la prévention ou la collecte des ordures. Cette pollution cause aussi des ravages par l’obstruction des caniveaux, provoquant des inondations, favorisant les eaux croupies et décime le cheptel d’animaux d’élevage qui les broutent.

Sensibles à cette situation préoccupante, Mr. Ousmane Dermé et ses fils, Issaka, Salif, Ali et Mr. Jean‑Marie Perdrix, artistes et artisans, ont créé la coopérative Yamba-D et ont mis au point un procédé de recyclage de certains déchets plastiques les plus courants.

Cette coopération s’est orientée, depuis les premières réalisations en 2002, vers le fonctionnement d’un atelier type capable de fabriquer, en nombre et en qualité, des objets artistiques puis utilitaires, à base de déchets plastiques fondus.

Une classe à l'école Nemnin de Ouagadougou

La simplicité en moyens et en matières premières lui assure une rentabilité réelle. Une étude d’impact et un bilan de développement durable ont démontré la pertinence de cette méthode.

Aujourd’hui les enjeux de valorisation des ordures sont reconnus et de nombreux acteurs opèrent sur le terrain. Pourtant, si des procédés de recyclage des plastiques existent, ils nécessitent un ramassage des ordures à grande échelle, un tri très rigoureux et un nettoyage des plastiques, très consommateur en eau. La technologie alors utilisée est similaire à celle de la fabrication du neuf. Cette solution dépend d’investissements élevés et n’est pas adaptée pour recycler les sachets. Ceux-ci sont trop sales et volumineux. Le traitement de ces déchets par lavage et séchage n’est pas possible. L’acheminement sur de longues distances des déchets de plastiques mous, de poids faible et de volume élevé, induit un surcoût fatal à toutes les filières classiques de recyclage.

En février 2016,la coopérative a offert 30 tables-bancs issues de ce recyclage à l'école Nemnin de Ouagadougou

Enjeux

Les intérêts de cette approche sont de plusieurs ordres qui ont le mérite de s’intégrer dans divers enjeux cruciaux.Ce qui empêche la déforestation et la désertification .

L’enjeu environnemental

Les produits fabriqués remplacent le bois, de plus en plus rare et surexploité dans toute la zone sahélienne.

L’enjeu de la gestion des déchets

Les pays en développement et ceux du Sahel ont tous des difficultés à maîtriser la gestion et le traitement de leurs déchets. Les déchets plastiques, jetés partout, sont révélateurs de l’absence de solutions pérennes à cette situation.

La loi interdisant, au Burkina-Faso, l’utilisation d’emballages plastiques n’est pas appliquée et les sachets d’eau en polyéthylène sont souvent estampillés à tort comme biodégradables. Il n’existe pas encore d’alternative aux plastiques « mous » dans le conditionnement et la distribution des denrées alimentaires solides ou liquides. Les sachets d’eau restent d’usage massif. Leur recyclage par la coopérative apporte un bienfait aux populations ainsi qu’une part de solution aux autorités locales.

250 kg de plastiques sont recyclés quotidiennement

L’enjeu du développement économique

En se basant sur une coopération internationale et une recherche participative, locale, artisanale, YAMBA-D assure et développe des compétences ainsi que son implication dans des réseaux de production, de distribution et de réflexion sur le développement. La maîtrise des coûts est en adéquation avec les contraintes locales. L’initiative crée une forte adhésion des participants, en assurant régulièrement une rémunération du travail depuis la collecte jusqu’aux produits finis.

L’enjeu symbolique du recyclage

La table d’écolier de l’enseignement primaire, modèle réglementaire, plus solide que celle en bois, est issue d’une étonnante nouvelle vie des matières fatales de notre société et témoigne de la victoire sur les sachets selon le slogan du projet.

Sachets d'eaux en polyéthylène usagés

Production

L’atelier de recherche, désormais installé à Karpala, banlieue de Ouagadougou, produit chaque mois, plus de 100 tables-bancs, répondant parfaitement aux besoins et aux exigences du marché.

L’association Res Publica a passé la première commande pilote de 105 tables-bancs en mars 2018.

 

Sachets fondus manuellement



Exemple concret d’une journée d’activité au sein de la coopérative

                                              Quantités

Déchets plastiques                  250 kg

Énergie gaz                           1,5 bonbonnes

Masse salariale                      5 employés

Production                            8 tables-bancs

 

Développement des activités

La coopérative est prête à honorer toutes commandes de tables-bancs au prix des marchés publics et à affirmer les dimensions inhérentes à son activité de recyclage, à savoir : la collecte des déchets plastiques ; l’impact sur l’environnement ; la création d’emplois ; la lutte contre la déforestation et un bilan de développement durable. Elle est aussi animée par la volonté de trouver des accords avec les autorités locales ou nationales.

Compte tenu du développement du projet, Yamba-D-Plastique souhaite renforcer son activité par la création d’un centre de production à Ouagadougou. Ce centre pourra assurer au départ une capacité de recyclage d’une tonne par jour de déchets plastiques (les plus difficiles à recycler) et produira 4 000 tables par an. Il sera organisé au départ par le maillage de cinq équipes autonomes sur le modèle pilote mis au point par la coopérative à Karpala.

 

La production de 4 000 tables par an à Ouagadougou (modèle en usage en remplaçant le bois par le plastique) permet de collecter 120 tonnes de déchets par an ; de créer au moins 20 emplois dans la coopérative ; d’améliorer la salubrité du cadre de vie de 60 000 foyers ; de distribuer 12 millions de FCFA directement au secteur informel (achat des sachets aux centres de tri) ; de rétribuer 100 personnes en mi-temps pour le ramassage des déchets ; d’équiper 200 classes pour 12 000 écoliers du primaire. Le plastique se substitue à 100 tonnes de bois soit l’exploitation de 80 hectares de forêt. La production est compétitive et répond aux exigences de qualité des marchés publics. Le gisement exploitable à Ouagadougou est à la mesure des besoins annuels en équipement scolaire. Ouagadougou, 3,6 M habitants ; 50 % âgés de moins de 18 ans ; taux de scolarisation en primaire 63,2 % ; au moins 50 000 tables‑bancs par an sont nécessaires pour équiper, les établissements publics à Ouagadougou (2014).

Si vous aussi vous souhaitez contribuer à l'avènement d'un Burkina Faso plus propre, n'hésitez pas à lancer vos commandes!

Contacts:

cooperative.yamba.d@gmail.com

+226 78 68 12 48

+336 09 09 73 48

Crédit photos : coopérative Yamba-D © 2018
Rédacteur : Res Publica/Coopérative Yamda-D