Le GREF au secours des enfants de la rue au Burkina Faso

Le GREF au secours des enfants de la rue au Burkina Faso

Un projet du Groupement des Éducateurs sans Frontières (GREF) au Burkina Faso soutenu par Res Publica.

Sur la base de valeurs partagées de laïcité, de promotion de l’intérêt général et de l’Education pour tous à travers la solidarité et le développement durable, cette association nationale intervient au Burkina Faso depuis le milieu des années 1990. Res Publica a décidé de soutenir pour partie le projet de « formation de formateurs auprès d’adultes prenant en charge des enfants très vulnérables » du GREF en le co-finançant. Voici le récit de leur dernière mission qui s’est déroulée du 8 novembre au 8 décembre 2018.

Former pour mieux protéger les enfants vulnérables du Burkina Faso

 L’importance du phénomène des enfants et jeunes vulnérables, vivant dans les rues des villes est une réalité reconnue de la vie économique et sociale du Burkina Faso.

En 2014, 2 634 000 des enfants et adolescents de 6-16 ans se trouvaient hors de l’école, soit 51,4%, avec une prévalence pour les filles, fait préjudiciable lorsqu’on sait que l’éducation les rend moins vulnérables aux problèmes de santé, les protège contre les mariages précoces, ralentit la croissance démographique…   

Le recensement 2017 du MFSNF (Ministère de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille) relevait 9 313 enfants et jeunes en situation de rue dans les 49 communes urbaines du pays dont 1749 filles.

Des raisons variées ont poussé ces jeunes à s’enfuir de la maison où ils reviennent parfois le soir. Hélas, très souvent, la rue devient leur lieu de vie et d’existence avec tous ses pièges et ses tentations. Cette rue, puits social sans fond, les rend souvent invisibles à la population. Ils sont orphelins, victimes de foyers brisés, de refus de paternité, victimes également de maltraitance, d’insultes, de conflits, de sorcellerie, des écoles coraniques déviantes, de la pauvreté…   

 Dans une telle situation, la formation des éducateurs s’impose comme un impératif en termes de protection de l’enfant tant pour le Ministère de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille que pour l’Association Nationale des Personnels de l’Education Spécialisée (ANAPES). 

 Une action partenariale inscrite dans la durée (2014-2018)  

Le Ministère et l’ANAPES s’appuyant sur un partenariat existant depuis l’année 2006 avec le Groupement des Educateurs sans Frontière (GREF), ont mis en place, trois sessions de formation de six semaines chacune, élaborées avec le concours des formateurs GREF. Celles-ci concernaient quarante éducateurs sur la durée du cycle. Elle se sont déroulées entre 2014 et 2016, dans les villes de Kaya, Bobo Dioulasso et Ouagadougou, où le phénomène des enfants des rues est particulièrement préoccupant. De l’avis des partenaires comme des stagiaires, les résultats produits ont été particulièrement positifs. A l’occasion de la troisième mission, réalisée en 2016, les stagiaires ont exprimé leur volonté de poursuivre le travail entamé, d’une part en approfondissant la formation déjà engagée, d’autre part en la partageant avec leurs collègues.

Mettre en place un groupe de formateurs locaux, un premier pas vers la pérennisation 

 Le GREF s’est engagé à soutenir cette démarche constituant un premier pas vers la pérennisation de l’action, en proposant la mise en œuvre d’une formation de formateurs, dans la perspective d’un retrait progressif des formateurs externes. 

Cela permettait ainsi à terme, de laisser aux professionnels locaux la responsabilité entière de la formation de leurs collègues et de l’évolution des pratiques professionnelles en matière d’éducation des enfants vulnérables. C’est le projet qui a été présenté à l’Association Res Publica. A l’issue de plusieurs échanges et rencontres, Res Publica a accordé son soutien et sa confiance au GREF.

Du projet à l’action

Ce soutien financier précieux, sans lequel le projet n’aurait pu être mené, a permis à deux bénévoles du GREF de se rendre au Burkina Faso, à Bobo Dioulasso puis à Ouagadougou, afin de former un groupe de quatorze formateurs et deux formatrices burkinabè, tous professionnels de l’action sociale.  Si l’objectif général de cette mission était de former des formateurs d’adultes prenant en charge des enfants vulnérables, la formation s’est appuyée, sur deux thèmes spécifiques en lien avec le travail quotidien de ces professionnels de l’action sociale :

- La sensibilisation des professionnels et de la population aux différents aspects de la prise en charge du handicap au Burkina Faso ;
- La lutte contre les violences faites aux jeunes filles et aux femmes en Afrique de l’ouest et plus spécifiquement au Burkina.

Orientations politiques fortes du Ministère de la Femme de la Solidarité Nationale et de la Famille avec lequel le GREF est lié par convention, ces thématiques ont favorisé l’implication des participants. Ces questions d’actualité ont permis d’aborder les défis qui sont posées au pays par l’ensemble des phénomènes d’exclusion tels que le handicap, les stéréotypes de genre. A travers l’excision et le mariage précoce, ont été abordés les violences faites aux filles et les moyens pour lutter contre.

La réflexion sur la mise en place de pratiques inclusives dans les institutions (écoles, établissements spécialisés) a permis d’ouvrir des perspectives de travail. Les travaux menés ont donné naissance à des plaidoyers exemplaires dont certains messages clés, véritables cris d’espoir et d’humanité, ont émergé :

- « Oui à la liberté et à l’épanouissement des Filles et des Femmes

- Femmes et Filles épanouies = Familles et Nation épanouies

- Mariage précoce= Esclavage des filles

- La pratique de l’excision tue nos filles, arrêtons !

- Excision un jour, souffrance tous les jours ».

Les stagiaires, choisis par les partenaires locaux, ont pu découvrir ainsi des méthodes pédagogiques différentes de celles qu’ils connaissaient. Un peu désarçonnés en début de formation par cette nouvelle approche, les participants se sont vite montrés séduits par les propositions de contenus et d’activités, et par ces méthodes privilégiant l’implication active, qui permettent une appropriation rapide des connaissances et savoir-faire.

Ils ont également insisté sur l’impact de cette formation dans leur approche de la formation professionnelle continue.
Chaque participant reconnaît qu’il changera sa façon de travailler et qu’il s’appuiera dorénavant sur des mises en situation avec participation active des stagiaires qui lui seront confiés.

Une visite sur place de Madame Perrin, Présidente de Res Publica

Au dernier jour de la formation à Ouagadougou, stagiaires et formateurs ont eu le plaisir d’accueillir Madame Françoise Perrin, Présidente de Res Publica. Elle a pu ainsi assister pendant près de deux heures à des exercices pratiques, menés par les stagiaires, sous forme de jeux de rôles et de simulations de séquences de formation, illustration concrète des méthodes pédagogiques employées par le GREF. Cette visite lui a permis aussi de remettre quelques attestations de formation aux stagiaires en compagnie de nos partenaires Burkinabé.

Un premier bilan positif, un impact qu’il faudra suivre

Tous les participants ont montré à travers les évaluations de fin de formation une réelle satisfaction quant au contenu de la formation et la découverte de méthodes nouvelles.

Ils proposent de mettre en place à court et moyen termes des ateliers au sein desquels ils se disent prêts, avec le soutien du Ministère et de l’Association Nationale des Professionnels de l’Education Spécialisée (ANAPES), à créer un groupe de formateurs fonctionnant en réseau pour former leurs collègues ou les membres d’associations partenaires sur des thèmes spécifiques abordés pendant la formation, notamment les questions du handicap ou de la situation de violences subies par les jeunes filles et les femmes au Burkina Faso.

Cette situation suscite chez eux un enthousiasme qu’il convient d’entretenir pour s’assurer que ces apprentissages seront transformés en compétences nouvelles. En effet c’est uniquement par la mise en pratique d’actions de formation, en direction de leurs collègues ou d’associations locales que les participants s’approprieront pleinement leur nouvelle mission de formateur.

Il a donc été convenu, d’une part, un suivi via les réseaux sociaux (un groupe WhatsApp existe déjà à Bobo-Dioulasso) dans les trois mois qui viennent. D’autre part, au terme de ce premier bilan, et si le besoin en est exprimé par les participants et les partenaires locaux du projet, il pourrait être envisagé une mission de supervision en situation à l’automne 2019.

 

Rédigé par les formateurs du GREF
Jean Claude et Delforge Philippe Dupont

 

Pour aller plus loin | https://www.gref-lyon.com/